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Histoire et civilisations anciennes

Histoire et civilisations anciennes

Voyage dans l'Antiquité, 4000 ans d'Histoire des civilisations.

Le site d'Alalia / Aleria en Corse. Les étrusques. Civilisation romaine

Site d'Aleria

 

Le site d'Alalia / Aleria en Corse durant

l'Antiquité

      La spécificité géographique d’Aleria et de son territoire est sans doute à l’origine des vagues successives de colonisations pré- et protohistoriques, grecques, étrusques, carthaginoises, romaines, voire pisanes et génoises. En effet, cette région présente une morphologie tout à fait intéressante notamment grâce à la présence de plusieurs buttes (Aleria, Casabianda et Macellone), d’un fleuve (le Tavignano), d’étangs (Del Sale, Diana et Urbino) ainsi que d’une façade maritime sur la mer Tyrrhénienne. De tels éléments ont représenté des atouts majeurs expliquant l’implantation de l’homme depuis la Préhistoire.

Anneaux de filets de pêche.

      Les buttes sont un lieu de pâturage pour les troupeaux paissant en dehors des zones humides. Ce sont par ailleurs d’excellents points de surveillance, de défense et d'habitat. Le fleuve permet une pénétration aisée vers l’intérieur de l’île et fertilise les plaines. Les étangs fournissent une large variété de ressources alimentaires grâce aux coquillages, aux poissons, aux oiseaux et à leurs œufs. Ils permettent aussi la récolte du sel tant recherché pour la conservation des aliments et des roseaux pour la confection des nasses, des pièges et des structures des premiers fours à métaux. Enfin, la façade maritime favorise les échanges commerciaux, culturels et technologiques avec le monde extérieur.

      On comprend alors pourquoi ce territoire va susciter, très tôt dans l’histoire, l’intérêt des groupes humains puis des puissantes cités. L’exploitation des ressources naturelles telles que les minerais, la cire, la résine, le liège, le sel, le bétail ou le miel va constituer également un excellent moyen de s’enrichir puisque ces produits vont devenir de véritables monnaies d’échanges.

      Hâche en bronze. Magnifique hâche plate en bronze de type toscan. Elle mesure 22 cm de long et son tranchant est légèrement convexe. Sa taille et sa beauté excluent toute utilisation domestique mais en revanche, font suggérer aux archéologues, qu’il devait s’agir d’un objet de prestige.

Poterie peignée. Style décoratif de l’âge du fer. Céramique modelée et non tournée.

Poterie peignée. Style décoratif de l’âge du fer. Céramique modelée et non tournée.

      Rempart préromain et blocs de calcaire à bossage. Son architecture est de pure tradition hellénistique avec l’aménagement de blocs à bossage, c’est-à-dire à effet visuel de relief. Sa beauté et la qualité de sa construction traduisent une volonté de s’implanter durablement.

Les premiers colons : les Phocéens

 

      Au VIe siècle av. J.-C., les échanges commerciaux s’intensifient en Méditerranée entre l’Italie, les côtes françaises, ibériques et nord-africaines. En Corse, les populations autochtones maintiennent un mode de vie toujours tourné vers la Préhistoire. Elles ne connaissent ni l’écriture, ni la monnaie et si leur société apparaît hiérarchisée, elle demeure de faible envergure, constituée essentiellement de petits groupements familiaux. C’est pourquoi les historiens disent que la Corse entre dans l’Histoire à partir de l’arrivée des Phocéens en 565 av. J.-C. Dès lors, l’île s’ouvre progressivement à l’ensemble du commerce méditerranéen et acquiert de nouvelles techniques. L’alphabet bien sûr, mais aussi le tour de potier ou bien encore la taille et la greffe qui permettent désormais des plantations extensives de vignes et d’oliviers. Les Phocéens, qui sont à l’origine des Grecs (Ioniens) installés sur la façade ouest de l’Asie Mineure au cours du IXe siècle av. J.-C., mènent une politique d’expansion territoriale en Méditerranée afin de conquérir de nouveaux marchés. Ils fondent Massalia (Marseille) en 600 av. J.-C. puis Alalia en 565 av. J.-C. Ils souhaitent ainsi développer le commerce du vin vers la Gaule celtique. Leur implantation en Corse indique une volonté de contrôler les principales voies de circulation maritime et conduit à l’installation d’une nouvelle colonie.

      On estime la population d’Alalia à environ quelques centaines de familles phocéennes, auxquelles viennent s’adjoindre de nouveaux colons en 546 av. J.-C. lorsque les Phocéens sont chassés par les Perses. Peu à peu la ville se développe jusqu’à devenir une puissante base commerciale. Les archéologues ont découvert une portion de rempart datant de cette époque.

      Malheureusement, les fouilles n’ont pas permis de mettre au jour les bâtiments de la ville bâtie par les Phocéens mais on suppose qu’elle devait se tenir au niveau de la ville romaine, dans sa partie sud.

      Le développement de la cité d’Alalia est de plus en plus ressenti comme une menace par les cités étrusques et carthaginoises implantées à proximité, en Toscane, en Sicile et en Sardaigne. Celles-ci décident alors de s’allier pour lui faire la guerre.

Région d'Aleria
Région d'Aleria

Région d'Aleria

La Bataille d’Alalia : -540 à -535

 

      Au cours du VIe siècle av. J.-C., le bassin méditerranéen occidental devient un vaste centre d’échanges commerciaux entre les différentes cités d’Afrique, de Sicile, d’Espagne, d’Italie, de Corse et de Sardaigne. Elles s’échangent du vin, du blé et autres produits artisanaux. Ce sont cependant les Carthaginois et les Étrusques qui dominent et détiennent le contrôle de ces trafics maritimes. Très vite, la petite cité d’Alalia fondée par les Phocéens en -565 av. J.-C. devient une importante base commerciale et commence à inquiéter ces deux puissances hégémoniques en Méditerranée. Elles décident donc de la combattre bien que le prétexte officiel avancé soit la lutte contre la piraterie phocéenne. Cette bataille d’Alalia, dont le récit est donné par Hérodote, est aussi appelée « bataille dans la mer Sardonienne ». Elle se déroule au large des côtes tyrrhéniennes entre 540 et 535 av. J.-C. Les Phocéens, certes victorieux, subissent de lourdes pertes et quittent la Corse pour fonder une nouvelle colonie Élée en Campanie, dans le sud de l’Italie.

      À l’issue de cette bataille, les Étrusques et les Carthaginois se partagent le contrôle du bassin méditerranéen. Les Étrusques reçoivent le Nord et la Corse tandis que les Carthaginois conservent le Sud et la Sardaigne. Ce partage tiendra jusqu’à la conquête romaine en 259 av. J.-C.

Aleria et les principaux itinéraires commerciaux en Méditerranée au VIe siècle av. J.-C. D’après P. Pironin.

Aleria et les principaux itinéraires commerciaux en Méditerranée au VIe siècle av. J.-C. D’après P. Pironin.

Œnochoé étrusque de bronze à bec biseauté.

Œnochoé étrusque de bronze à bec biseauté.

La domination étrusque

 

Machaira, épée à lame courte

      Bien qu’Alalia passe sous le contrôle politique étrusque, les découvertes archéologiques attestent toujours d’une présence phocéenne jusqu’à l’arrivée des Romains.

      La cité se transforme et se compose désormais de Korsi, de Grecs et d’Étrusques. Il semble que ces différents groupes aient vécu et évolué en toute tranquillité selon un processus d’acculturation et non de domination. Cela est particulièrement visible dans les dépôts funéraires où le mobilier est souvent issu d’un mélange de ces différentes cultures. Les Étrusques déploient une intense activité et exploitent toutes les ressources naturelles du territoire : la pêche, les marais salants, les forêts ainsi que les gisements de minerais. Avec eux, Alalia continue d’être un important centre commercial méditerranéen, située au cœur des échanges entre le Moyen-Orient et l’Espagne ainsi qu’entre l’Afrique, l’Italie et la Gaule. Leur contrôle s’achève en Méditerranée avec la montée en puissance de Rome, à laquelle ils seront finalement assujettis au IIIe siècle av. J.-C.

      Outre ses richesses naturelles et sa situation géographique, le territoire d’Alalia se trouve à la même latitude que le port d’Ostie. Il était donc impératif pour Rome de contrôler cette région. Rome envoie alors en Corse une expédition menée par le consul Lucius Cornelius Scipio afin d’y combattre une probable installation carthaginoise. En 259 av. J.-C., des occupants sont déportés à Rome et vendus comme esclaves. Il s’ensuit une nouvelle forme de colonisation.

Vue aérienne du coeur de la cité .

Vue aérienne du coeur de la cité .

Plan d'Aleria

Plan d'Aleria

Capitole, centre religieux de la ville.

      Ce temple était dédié à la triade capitoline : Jupiter et ses deux compagnes, les déesses Junon et Minerve.

 

Amphithéâtre romain.

      Cette structure est la plus petite connue en Méditerranée avec environ 28 m de diamètre intérieur. La hauteur du mur de l'arène était de 3 m, ce qui permettait l'installation de 7 à 8 gradins en bois soit l'équivalent de 2800 spectateurs. On suppose que le sol était en terre battue ou en sable. C'est là qu'avaient lieu les jeux sportifs, les combats ou les entraînements militaires.

Dés à jouer

Dés à jouer

La domination romaine

 

Flacons en verre pour parfums, etc.

      Le IIIe siècle av. J.-C. est marqué par la volonté des Romains de prendre le contrôle des voies maritimes en Méditerranée, alors aux mains des Carthaginois. Cette rivalité sera à l’origine d’une longue période de conflits appelés « les guerres puniques ». Elles débutent en 264 av. J.-C. lorsque Rome entreprend de conquérir la Sicile et prennent fin en 146 av. J.-C. avec la victoire totale des Romains et la destruction de Carthage.

      Rome s’intéresse à la Corse et plus particulièrement à sa côte orientale afin de combattre Carthage et imposer son hégémonie en Méditerranée occidentale. Par ailleurs, l’île offre de belles forêts et Rome recherche du bois pour la construction de sa flotte de guerre. En 259 av. J.-C., à l’issue de la première guerre punique, Alalia est conquise par les Romains et devient capitale administrative et politique de la Corse. Elle prend alors le nom latinisé d’Aleria. Un nouvel ordre économique, social et politique est instauré. Pourtant, la colonisation de la Corse par les Romains ne se fait pas sans heurts. Les troupes romaines doivent mater de nombreuses révoltes des populations locales qui dénoncent une fiscalité écrasante et une exploitation excessive des ressources du territoire. La Corse en ressort considérablement affaiblie, avec des terres appauvries et une dépopulation causée par des épidémies, des famines, les guerres et l’esclavage. Désormais, le statut d’Aleria semble évoluer en fonction des évènements politiques à Rome.

 

Chronologie d'Aleria

 

      En 81 av. J.-C., le dictateur Sylla transforme Aleria en une colonie de citoyens romains, c’est-à-dire une colonie militaire. En fait, cette mesure punitive vise à confisquer les terres des autochtones au profit des nouveaux colons romains. En 46 av. J.-C., une politique de colonisation est menée par César, puis en 24 av. J.-C., une dernière colonie est imposée par Octave Auguste. Aleria prend alors le titre de Colonia Veneria Julia Pacensis Restitua Tertianorum Aleria. Dès lors, la ville se dote peu à peu d’éléments architecturaux : un forum, des temples, un amphithéâtre ou bien encore des thermes.

Skyphos vase à boire d'origine grecque datant du Ve siècle av. J.-C. Décor en figures noires représentant Héraklès luttant contre le taureau de Crète.

Skyphos vase à boire d'origine grecque datant du Ve siècle av. J.-C. Décor en figures noires représentant Héraklès luttant contre le taureau de Crète.

Cratère attique à colonettes attribué au peintre de Pan.

Cratère attique à colonettes attribué au peintre de Pan.

      À l’avènement de l’Empire, Auguste désigne Aleria pour capitale de la province CorseSardaigne. Un port de guerre est créé dans l’étang de Diana. Dans cette rade profonde, les vaisseaux peuvent mouiller sans difficulté. L’étang abrite ainsi une partie de la flotte de Misène qui a pour mission de lutter contre la piraterie en mer Tyrrhénienne. La région offre par ailleurs de nombreuses ressources naturelles, essentielles à l’entretien de la flotte. Des mines de Ghisoni est vraisemblablement extrait du plomb qui est utilisé dans la construction navale. Les résineux et les essences du maquis permettent la confection de la poix et du goudron, utiles au calfatage des coques. Enfin, les Romains coupent dans les forêts avoisinantes les pins dont les qualités (notamment celle de légèreté et d’imputrescibilité) sont appréciées par les architectes de marine.

      Malgré une longue occupation de la Corse par les Romains, les recherches archéologiques ont montré une pénétration plus discrète de l’intérieur de l’île, où la conservation de certains traits traditionnels semble avoir perduré dans la vie quotidienne et dans les croyances. La colonisation romaine en Corse s’est ainsi essentiellement concentrée le long du littoral oriental avec les établissements de Piantarella à l’extrême sud de l’île et de Mariana au nord. Il est évident que les Romains avaient au départ pour seule stratégie la conquête du territoire et non pas une intégration de la population indigène.

      Les changements économiques sont radicaux. Les importations de grand luxe, caractéristiques de l’époque préromaine, paraissent définitivement cesser. Les exportations, qui semblent exclusivement dirigées vers Rome, ne produisent dès lors plus de profit pour les insulaires.

      En définitive, la chute d’Aleria, qui subit de nouvelles invasions venues d’Afrique du Nord, accompagne celle de l’Empire romain. Au début du Ve siècle (420-430), la ville est pillée incendiée et détruite par les Vandales. Le christianisme commence alors peu à peu à se répandre à partir des colonies romaines. Dès le IVe siècle, quelques manifestations sont déjà attestées à Aleria, avec la figuration de symboles et de graffitis. Mais il faudra attendre le VIe siècle pour voir une véritable implantation de l’Eglise en Corse. Les zones côtières sont désormais jugées dangereuses. On redoute la malaria, les incursions navales et la piraterie. Ainsi le territoire d’Aleria, longtemps privilégié, est quasi abandonné.

 

Source : Musée d'Aleria

 

Plan d'accès:

Site archéologique d'Aléria et également le Musée Départemental Jérôme CARCOPINO au Fort de MATRA à Aleria.

Site archéologique d'Aléria

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